IA générative : les embauches de jeunes en CDI reculent d'abord
Une note de la Banque de France publiée le 8 octobre observe un recul des CDI chez les 21-29 ans dans les métiers exposés à l'IA. Ce qu'elle établit.
La Banque de France a publié le 8 octobre 2026 une note consacrée aux premiers effets de l'IA générative sur le marché du travail français. Signée par Marco Guido Palladino, Antonin Bergeaud, Antoine Bertheau, Simon Bunel et Oscar Degos, elle observe que depuis fin 2022, les embauches en CDI des jeunes ont davantage reculé dans les métiers dont les tâches peuvent être le plus facilement réalisées ou assistées par l'IA générative. Les effectifs totaux, eux, ne bougent pas de façon visible.
Ce que mesure la note
Les auteurs ont construit un indice d'exposition à partir du répertoire des métiers de France Travail, qui décrit plus de 1 500 métiers par leurs savoir-faire. Un modèle de langage a évalué dans quelle mesure l'IA peut réaliser ou assister chacun d'eux, en tenant compte de ce qui limite la substitution : expertise tacite, présence physique, interactions humaines. L'indice mesure une capacité technique, pas un usage réel, mais la note relève une forte corrélation avec les données d'usage effectif publiées par Google.
Cet indice a ensuite été rapproché des données administratives sur les mouvements de main-d'œuvre, de janvier 2019 à mars 2026.
En mars 2026, les embauches en CDI des 21-29 ans dans le cinquième des métiers le plus exposé se situaient environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022, contre 8 % dans le cinquième le moins exposé. L'écart se réduit chez les 30-49 ans et devient presque inexistant à partir de 50 ans. Silicon, qui a rendu compte de l'étude, précise que chez les jeunes développeurs et ingénieurs informatiques, les embauches en CDI étaient environ 42 % sous leur niveau de fin 2022.
Moins d'entrées, moins de sorties
Les fins de contrat reculent aussi, moins fortement : chez les 21-29 ans, elles sont environ 23 % sous leur niveau de novembre 2022 dans les métiers les plus exposés, contre 6 % dans les moins exposés. Comme les embauches baissent davantage que les départs, le renouvellement des effectifs ralentit, surtout chez les jeunes.
La note propose une lecture de ce mécanisme. Une entreprise qui anticipe une baisse de ses besoins peut limiter ses embauches ou ne pas remplacer certains départs, sans licencier. Cette marge est particulièrement pertinente en France, où la rupture d'un CDI est plus encadrée que dans plusieurs autres pays.
En appariant ces données avec son enquête de conjoncture, qui suit environ 6 000 entreprises dont près de 600 déclarent un usage intensif de l'IA début 2026, la Banque de France constate que les embauches de 21-29 ans en CDI y ont évolué moins favorablement qu'ailleurs depuis fin 2022, sans divergence statistiquement nette de l'emploi total.
Ce que la note ne démontre pas
Les auteurs restent prudents. Le resserrement monétaire et la correction du secteur technologique après la crise sanitaire ont pesé sur les mêmes emplois à partir de 2022. Le télétravail, qui pourrait lui aussi freiner le recrutement des juniors, concerne largement les mêmes catégories. Enfin, l'intensité d'usage de l'IA n'est mesurée qu'au début de 2026, alors que les écarts de recrutement sont apparus plusieurs trimestres plus tôt. La comparaison établit une association, pas l'effet propre de l'IA.
Ce que cela change pour une direction
Le constat le plus durable de la note concerne la formation. Plusieurs travaux théoriques récents, cités par les auteurs, montrent que l'automatisation des tâches confiées aux débutants peut réduire l'apprentissage par la pratique et, à terme, l'accumulation de compétences. Les auteurs ne peuvent pas établir que ce mécanisme est déjà à l'œuvre en France ; ils montrent que la marge sur laquelle il apparaîtrait en premier, le recrutement des jeunes dans les métiers exposés, a commencé à se contracter.
Pour un dirigeant ou un DSI, la question posée est celle de la pyramide des équipes. Une équipe technique ou data qui recrute moins de juniors et remplace moins ses départs reste stable en effectif, mais elle vieillit et forme moins de profils confirmés. Un recul durable des entrées se traduirait, quelques années plus tard, par moins de profils confirmés formés en interne, et donc par davantage de recrutements externes à ce niveau.
L'ajustement passe par des décisions de gestion discrètes, le non-remplacement d'un départ ou une embauche différée, qui n'apparaissent dans aucun plan. La note suggère d'ailleurs que suivre seulement l'emploi total pourrait manquer une partie du phénomène. Les directions qui veulent en mesurer l'ampleur chez elles disposent des mêmes indicateurs que les chercheurs : les entrées et les sorties, par âge et par métier.